Loin de favoriser le renouvellement et l’entretien du parc automobile, les Zones à faibles émissions (ZFE) ont au contraire un impact négatif sur l’assiduité des Français à présenter leur vieux véhicule au contrôle technique obligatoire : un effet contre-productif en matière de pollution et de sécurité routière.
"40 millions d’automobilistes" publie son baromètre annuel du contrôle technique automobile, réalisé en collaboration avec Autovision. Pour cette édition 2025, l’association s’est concentrée sur le volet "environnemental" du contrôle technique périodique.
Si, d’après les chiffres fournis par le réseau Autovision, moins de 7% des véhicules présentés au contrôle technique présentent une défaillance en lien avec la pollution (fonction n°8 : "nuisances") donnant lieu à une contre-visite obligatoire, le contrôle technique périodique n’en constitue pas moins un enjeu majeur des politiques environnementales.
Le rôle du contrôle technique automobile en matière de sécurité routière est en effet communément reconnu. Mais il est moins couramment admis qu’il joue aussi un rôle majeur pour la protection de l’environnement. À ce titre, il vise différents objectifs : limiter les émissions polluantes des véhicules, réduire la pollution atmosphérique et favoriser l’entretien régulier des véhicules.
Pour atteindre au mieux ces objectifs, il est indispensable qu’une part importante du parc automobile se soumette régulièrement à l’obligation de contrôle. Or, depuis plusieurs années, les centres de contrôle technique constatent un recul du nombre de véhicules de plus de 10 ans qui se présentent au contrôle technique périodique, alors même que ce sont eux qui présentent le plus souvent des défaillances. Ainsi, en 2024, l’enseigne Autovision a dénombré -11,7% de véhicules classés Crit’air 3 (essence de plus de 20 ans et diesel de plus de 15 ans), -18% de Crit’air 4 (diesel de plus de 20 ans) et même -22% de Crit’air 5 (diesel de plus de 25 ans) de passage dans ses centres.
Pour "40 millions d'automobilistes", ces données indiquent soit un rajeunissement massif du parc auto français – mais c’est incohérent avec le fait que l’âge moyen du parc ne cesse de croître (11,5 ans en 2015, 12 ans en 2019, 12,5 ans en 2022 et 13 ans en 2024) – soit une tendance à la non-présentation des véhicules les plus anciens au contrôle technique, pourtant obligatoire. Et cette hypothèse – la plus probable – est sans aucun doute la conséquence des politiques environnementales menées ces dernières années, qui visent à exclure des villes les vieux véhicules.
Le principe des ZFE est d’interdire des véhicules à la circulation, sur la base d’un classement qui prend en considération l’âge et la motorisation, et non les performances environnementales réelles de la voiture.
Le message envoyé aux propriétaires de ces véhicules est que peu importe la façon dont ils entretiennent leur véhicule, ils n’ont de toute façon plus le droit de rouler. C’est très dommageable, car cela tend à discréditer le contrôle technique, avec pour conséquences une moindre attention aux critères environnementaux, mais aussi aux impératifs de sécurité routière.
Car l’augmentation de l’âge moyen des véhicules d’une part et le manque de moyens financiers à disposition des automobilistes pour changer de voiture d’autre part laissent raisonnablement penser que ces véhicules sans contrôle technique valide ne disparaissent pas pour autant de la circulation : ils sont interdits à la circulation dans les villes, mais continuent à parcourir les routes péri-urbaines et les campagnes. Cela pose de véritables problèmes en termes de sécurité, car le bon état des organes essentiels de sécurité n’est plus assuré, et en termes de pollution, car les émissions ne sont plus mesurées, donc plus régulées.
On estime en effet qu’un véhicule Crit’air 5 mal entretenu peut émettre 20 à 50% d’oxydes d’azote et de particules fines de plus qu’un même véhicule bien entretenu, et 10 à 20% de plus de CO2.
En cherchant à évincer du parc automobile les véhicules les plus anciens, les ZFE ont en réalité engendré les effets inverses de ceux visés : les vieilles voitures continuent largement à rouler, mais leur usage se fait en dehors de tout cadre réglementaire.
L’association "40 millions d’automobilistes" appelle d’une part à l’abrogation des ZFE, dont la mise en oeuvre n’a aucun intérêt pour l’environnement, et d’autre part à des mesures concrètes et équilibrées pour un meilleur respect de la réglementation actuelle, pour remettre le contrôle technique périodique au centre des politiques environnementales en matière de transports.